Le secteur de la restauration est aujourd’hui appelé à concilier rentabilité économique et responsabilité environnementale. L’urgence climatique impose désormais une mutation profonde des pratiques, question à laquelle les professionnels du secteur doivent répondre pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre sans nuire à leur compétitivité. La transition énergétique dans la restauration doit désormais prendre en compte l’efficacité énergétique des installations, le recours aux énergies renouvelables, la gestion de la chaîne d’approvisionnement et la valorisation des déchets. Ce mouvement entraîne certes un investissement initial, mais elle engendre rapidement des économies et renforce l’attractivité commerciale.

Audit énergétique du restaurant : la méthodologie de calcul du Bilan Carbone®

Avant d’entreprendre toute démarche de réduction, comme celle du choix du fournisseur de gaz pour votre restaurant, mieux vaut mesurer l’influence environnementale de votre établissement. Cette phase de diagnostic est la base de tout projet de décarbonation cohérent.

Le diagnostic de consommation énergétique

Le protocole Bilan Carbone® sert à quantifier les émissions de gaz à effet de serre d’un restaurant. Cette méthode examine l’ensemble des flux énergétiques : consommation de gaz pour la cuisson et le chauffage, électricité pour les équipements frigorifiques et la climatisation, eau chaude sanitaire. La réalisation d’un diagnostic énergétique complet nécessite de collecter plusieurs données : relevés des compteurs, inventaire des équipements avec leurs caractéristiques techniques et le type de combustibles utilisé, volumes d’approvisionnement et modes de transport, gestion des déchets…

L’évaluation des émissions

La méthodologie internationale distingue trois catégories d’émissions, appelées « scopes », dont l’analyse permet d’identifier les actions prioritaires. Le scope 1 correspond aux émissions directes, générées par les équipements possédés par le restaurant : combustion du gaz naturel, fuites de fluides frigorigènes, véhicules de livraison… Le scope 2 regroupe les émissions indirectes relatives à la production de l’électricité que vous consommez. Enfin, le scope 3 couvre toutes les autres émissions indirectes : production des aliments, fabrication des équipements, transport des marchandises, etc.

L’utilisation du référentiel GHG protocol

Le référentiel international GHG Protocol est un cadre de référence pour les établissements qui souhaitent harmoniser le reporting de leurs émissions. Ce standard livre une classification détaillée des sources d’émissions et des règles de consolidation adaptées aux groupes multi‑sites. Pour un réseau de restaurants franchisés, il permet de comparer objectivement la performance carbone de chaque point de vente. Il invite enfin à documenter l’origine des données utilisées, les hypothèses de calcul et les facteurs d’émission retenus.

La cartographie des postes émetteurs

Une fois la méthodologie choisie, la cartographie des postes émetteurs est le dernier stade de l’audit énergétique. Dans un restaurant, trois grands postes se détachent du côté des consommations d’énergie : la cuisine, la réfrigération et le confort thermique. Chacun de ces postes comporte des marges de manœuvre propres, à condition d’identifier exactement les appareils les plus gourmands et leurs temps de fonctionnement réels. Vous obtenez ainsi un diagnostic très opérationnel, qui met en évidence les problèmes à traiter en priorité.

L’optimisation des équipements de cuisine professionnelle à haute efficacité énergétique

Une fois l’audit réalisé, l’un des moyens les plus rapides de réduire l’empreinte carbone de votre restaurant consiste à moderniser vos équipements de cuisine. Les derniers progrès réalisés en matière de rendement énergétique, d’isolation et de pilotage intelligent permettent de diminuer les consommations, sans dégrader la qualité culinaire ni la productivité.

Les fours à convection

Les modèles récents de four professionnel à convection sont bien plus performants que les appareils de la génération précédente : meilleure isolation, récupération de chaleur sur les fumées, sondes de température, programmes automatiques… Faut-il pour autant abandonner le gaz naturel au profit de l’électricité ? La réponse dépend de plusieurs paramètres : prix relatifs de l’électricité et du gaz, facteur d’émission du mix électrique local ou organisation de la production en cuisine.

Le piano de cuisson à induction

Les pianos de cuisson professionnels à induction reflètent un autre progrès en cuisine. Contrairement aux brûleurs gaz qui chauffent l’air ambiant et les parois, l’induction transfère l’énergie au fond des casseroles via un champ magnétique, ce qui produit un rendement bien supérieur et une baisse sensible de la température en cuisine.

Les appareils de réfrigération

La réfrigération est un poste sensible dans un restaurant, à la fois pour la sécurité sanitaire et pour l’empreinte carbone. Les anciennes installations, fonctionnant avec des fluides frigorigènes à fort pouvoir de réchauffement global, consomment beaucoup d’électricité et comportent des risques d’émissions directes élevées en cas de fuite. Les nouvelles générations de chambres froides, vitrines et armoires réfrigérées utilisent des fluides dits « naturels » comme le propane ou le CO₂, moins gourmands en énergie.

Les hottes à extraction variable

Les systèmes d’extraction et de traitement d’air sont souvent les grands oubliés des projets de transition énergétique en restauration. Une hotte fonctionnant en vitesse maximale toute la journée consomme énormément d’électricité et extrait un volume d’air chaud qu’il faudra ensuite chauffer ou rafraîchir de nouveau. En adoptant des hottes à débits variables, équipées de capteurs de température et de fumées, vous adaptez automatiquement le débit d’extraction au niveau réel d’activité en cuisine.

La transition vers les énergies renouvelables : photovoltaïque et biomasse

La réduction de l’empreinte carbone d’un restaurant nécessite de remplacer les énergies fossiles par des énergies renouvelables. Les émissions associées à chaque kilowattheure consommé diminueront en proportion.

L’installation de panneaux solaires en autoconsommation

Les toitures de restaurants, d’hôtels ou de centres commerciaux ont souvent un potentiel intéressant pour l’installation de panneaux photovoltaïques. En autoconsommation, l’électricité produite est utilisée pour alimenter vos équipements en journée : froid, ventilation, cuisson électrique, éclairage, bureautique. Pour les établissements ne disposant pas de toiture exploitable, des alternatives existent : ombrières photovoltaïques sur parking, toitures partagées avec d’autres commerces, ou participation à des projets solaires citoyens.

Le chauffe-eau solaire thermique

La production d’eau chaude sanitaire est un poste de dépense non négligeable dans un restaurant. Les systèmes de chauffe-eau solaire thermique permettent de préchauffer cette eau gratuitement grâce au rayonnement du soleil, réduisant d’autant la quantité de gaz ou d’électricité nécessaire pour atteindre la température de consigne. Cette méthode peut être combinée à une chaudière gaz à condensation ou à une pompe à chaleur pour assurer l’appoint lorsque l’ensoleillement est insuffisant.

La géothermie et les pompes à chaleur réversibles

Pour le confort thermique des clients et des équipes, les pompes à chaleur réversibles sont aujourd’hui une alternative très performante aux systèmes tout‑électrique ou tout‑gaz. En exploitant la chaleur résiduelle de l’air extérieur, du sol ou des nappes phréatiques, elles fournissent plusieurs kilowattheures de chaleur (ou de froid) pour un seul kilowattheure d’électricité consommé. Pour tirer parti de ces technologies, il est indispensable de coupler la pompe à chaleur à une bonne isolation du bâtiment, à un programmateur de chauffage et à des émetteurs adaptés.

Les contrats d’approvisionnement en électricité verte

Lorsque la production locale d’énergie renouvelable n’est pas possible, il est possible de souscrire un contrat d’électricité verte. Il existe désormais des offres incluant une part importante, voire totale, d’électricité issue de sources renouvelables. Ces certificats, émis pour chaque mégawattheure produit à partir d’une énergie renouvelable en Europe, garantissent que l’équivalent de votre consommation annuelle a été injecté sur le réseau. Ce système contribue à orienter les investissements vers les filières bas‑carbone et à diminuer l’empreinte moyenne du mix électrique.

Les approvisionnement bas-carbone : circuits courts et saisonnalité

L’empreinte carbone globale d’un restaurant est surtout consécutive à ses achats alimentaires. Le succès d’un projet de décarbonation implique donc de travailler son approvisionnement, avec l’avantage d’améliorer souvent la qualité gustative des plats.

Les circuits courts

Le recours aux circuits courts et aux produits locaux permet de réduire les émissions liées au transport des marchandises, mais aussi celles générées par le stockage prolongé et la chaîne du froid. Cette logique de proximité facilite l’échange direct avec les producteurs, la connaissance de leurs pratiques agricoles et l’ajustement des volumes en fonction des saisons. Elle permet aussi de limiter les intermédiaires, et de sécuriser la qualité ainsi que la traçabilité.

La réduction de l’empreinte carbone des protéines animales

Les protéines animales sont de loin les aliments les plus émetteurs de gaz à effet de serre. Pour réduire le bilan carbone de votre restaurant, il est donc pertinent de revoir le ratio entre protéines animales et végétales dans vos menus, en proposant davantage de plats basés sur les légumineuses, les céréales complètes et les légumes.

Les partenariats avec les maraîchers en agriculture biologique

Le mode de production des aliments a une influence sur leur empreinte environnementale. S’engager avec des maraîchers, éleveurs et transformateurs en agriculture biologique ou en agroécologie permet de limiter l’usage de pesticides et d’engrais de synthèse, de préserver les sols et la biodiversité, et souvent de réduire les émissions de gaz à effet de serre à l’hectare.

La gestion des déchets alimentaires et l’économie circulaire

Réduire l’empreinte carbone d’un restaurant, c’est aussi agir sur la fin de vie des produits. En repensant la gestion des déchets alimentaires, des huiles, des emballages et en s’inscrivant dans une démarche d’économie circulaire, vous pouvez à la fois diminuer vos émissions et réduire vos coûts de collecte et de traitement.

Le compostage sur site

La réglementation européenne impose la mise en place d’un tri à la source des biodéchets pour tous les producteurs, y compris les restaurants. Plutôt que de considérer ces déchets organiques comme une contrainte supplémentaire, pourquoi ne pas les voir comme une ressource ? Le compostage sur site, lorsqu’il est possible, permet de convertir épluchures, repas non consommés et marcs de café en amendement pour des espaces verts, des potagers urbains ou des fermes partenaires.

La valorisation des huiles de friture usagées

Les huiles de friture usagées sont un flux de déchets propre à la restauration. Ces huiles sont aujourd’hui récupérées et transformées en biocarburants par des filières dédiées. En mettant en place une collecte régulière, via des bacs homologués, vous évitez les rejets dans les canalisations, limitez les risques de pollution et participez à une chaîne vertueuse de valorisation énergétique.

La lutte contre le gaspillage alimentaire

Chaque plat jeté concentre toutes les émissions relatives à sa production, son transport, sa préparation et sa conservation. Agir sur ce sujet est donc un bon moyen de réduire l’empreinte carbone. En complément des pratiques vertueuses internes, certaines applications numériques permettent de valoriser les invendus en fin de service, en proposant des paniers surprise à prix réduit, composés de plats ou de produits encore parfaitement consommables mais qui ne pourront plus être vendus le lendemain.

Les certifications environnementales et les labels de restauration durable

Pour structurer votre démarche et la rendre visible, il peut être intéressant de viser une ou plusieurs certifications environnementales. Ces dispositifs vous procurent un cadre méthodologique, des grilles d’évaluation et des plans de progrès qui facilitent l’application concrète de la transition énergétique et écologique de votre restaurant.

L’écolabel européen et la certification ISO 14001

L’Écolabel Européen est fondé sur un cahier des charges exigeant en matière d’efficacité énergétique, de gestion de l’eau, de tri des déchets, d’utilisation de produits d’entretien écologiques, et de part de produits biologiques et locaux dans les menus. Obtenir cet écolabel vous oblige à documenter vos pratiques, à suivre des indicateurs et à vous engager dans une amélioration continue. La norme ISO 14001, quant à elle, porte sur le système de management environnemental de toute organisation. S’y engager, c’est mettre en place une démarche structurée pour identifier vos actions, fixer des objectifs, déterminer des responsabilités et former vos équipes.

Le label Écotable et le système de notation environnementale

Le label Écotable consiste en une évaluation détaillée des pratiques environnementales d’un établissement : provenance des produits, saisonnalité, part de végétal, gestion des déchets, utilisation du plastique, consommation énergétique, sensibilisation de la clientèle. Chaque restaurant obtient une note sur 100 et un nombre de macarons reflétant son niveau d’engagement, ce qui permet au grand public de repérer facilement les tables les plus vertueuses.

L’obtention du label Clef verte pour les restaurants d’hôtels

Pour les restaurants compris dans un établissement hôtelier, le label Clef Verte est une référence internationale. Historiquement centré sur l’hébergement, il inclut désormais des paramètres spéciaux pour la restauration : part de produits locaux et biologiques, réduction du gaspillage alimentaire, limitation des emballages, gestion de l’eau et de l’énergie, formation du personnel, information des clients. Obtenir ce label implique un audit régulier, la mise en route d’actions correctives et la documentation des résultats.